Chapitre 1
- Nan mais vous êtes malade ! On est ni médecin, ni prof, c'est pas à nous de faire ça !
Boher fulminait dans le bureau de Castelli sous le regard amusé de Samia. Elle non plus n'était pas emballée par ce que le capitaine venait de leur annoncer, mais elle aurait pu parier gros sur la réaction du brigadier, elle aurait gagné.
- Ecoutez Boher, on n'a pas le choix. Les ordres viennent du ministère, il faut redorer l'image de la police dans les lycées après ce qu'il s'est passé dans le Gers. Vous allez donc expliquer à nos chers bambins comment utiliser un préservatif, vous devez savoir faire Boher !
Le jeune homme rougit à cette idée.
- Mais c'est pas la question, c'est...
- C'est un ordre Boher !
Rouge, de colère cette fois-ci, le brigadier sortit rapidement du bureau et fit claquer la porte. Samia, qui se mordait les joues pour ne pas éclater de rire, ne put s'empêcher de laisser échapper un gloussement.
- Au moins y'en a une que ça amuse ! J'ai déposé sur le bureau de Boher un sac où vous trouverez des échantillons de préservatifs et des brochures sur les MST. N'oubliez pas de les distribuer aux lycéens que vous rencontrerez.
- Bien, capitaine.
Samia sortit à son tour du bureau et chercha son co-équipier du regard. Nous étions le 1er décembre, c'était la journée mondiale de lutte contre le sida et Castelli avait décidé de les envoyer elle et Boher faire de la prévention dans le lycée du Mistral. Ce n'était pas la mission la plus palpitante qu'on ait pu lui donner, mais elle était curieuse de savoir comment le brigadier se comporterait devant des jeunes adolescents sur un sujet aussi délicat. C'est le c½ur léger et le sourire aux lèvres qu'elle se dirigea vers la cuisine.
Chapitre 2
- Ah ça vous fait marrer vous hein ! Comme si on avait que ça à faire en plus !
A peine entrée dans la cuisine, Samia s'était faite agresser verbalement par le brigadier qui avait l'air d'un lion enragé dans une cage bien trop petite pour lui.
- Je vous sens légèrement tendu chef, lui répondit-elle ironiquement.
- C'est pas notre boulot, vous pouvez le comprendre ça ? Non, bien sûr, vous êtes trop bornée pour ça...
- C'est l'hôpital qui se fout de la charité, j'hallucine là ! J'vois pas en quoi ça vous dérange de faire ça. C'est toujours plus intéressant que de trier des dossiers...
Boher ouvrit la bouche pour lui sortir une réplique bien cinglante comme il en a le secret, quand il aperçut le sac que Samia avait déposé sur la table en entrant. Curieux, il ne put s'empêcher d'y jeter un coup d'½il, et failli s'étrangler en en voyant le contenu : des préservatifs, de toutes tailles et de toutes couleurs. Le brigadier commençait à se sentir mal, et au moment de poser ses jolies fesses sur une chaise, Samia finit de lui couper le souffle et les jambes en lui demandant malicieusement :
- Alors brigadier, vous avez préparé votre discours ?
Chapitre 3
10h. Ils étaient tous deux face au lycée, stoïques, prêts à affronter quelque chose de presque aussi terrible que la mort : des adolescents ! Boher n'avait toujours pas décroché un seul sourire et c'est en bougonnant qu'il demanda à sa stagiaire :
- Bon, on y va ?
Le proviseur les accueillit et leur précisa qu'ils allaient intervenir dans une classe de Terminale. Se demandant si elle devenait totalement paranoïaque, Samia crut entendre et voir quelques rires sur les visages des pions, et même le proviseur avait l'air de beaucoup s'amuser de la situation. Elle n'en menait pas large et commençait à se demander si son brigadier n'avait pas eu raison de vouloir refuser cette mission. Ils entrèrent dans la classe où une trentaine de paires d'yeux se posa sur eux.
- Tiens v'la la BAC !
Cette remarque et surtout cette voix étaient familières à Samia qui jeta un regard noir à Nathan Lezerman.
- On assiste à un miracle, Nathan Lezerman fait son quota d'heures de cours. On en est à 3 depuis le début de l'année ?
- T'imagine bien que j'allais pas rater ma flic préférée faisant une démonstration sur l'utilisation de la capote.
Le match entre les deux jeunes gens déclencha des rires gras dans la classe. Samia allait répondre mais elle sentit le regard de Boher posé sur elle et elle comprit aussitôt qu'elle avait tout intérêt à se taire.
- On va commencer.
- Allez-y brigadier, malheureusement on n'a pas de matelas, mais les tables ne sont peut-être pas si inconfortables.
Boher respira un grand coup et s'approcha d'un air mauvais de Nathan qui aurait bien aimé disparaître sous sa table.
Chapitre 4
- Dites, monsieur Lezerman, puisque vous êtes si malin, vous pouvez peut-être prendre notre place. Avec un père médecin, ça devrait pas vous poser trop de problèmes d'expliquer à vos camarades ce que sont les MST.
L'adolescent ne préféra rien répondre et se concentra sur le fait qu'il aurait aimé soudainement ne devenir qu'un avec sa propre chaise tellement il s'enfonçait dans celle-ci.
Les deux policiers se regardèrent. Ils ne savaient pas trop par quoi commencer et se sentaient tous les deux très mal à l'aise face à la situation. Le prof de maths, qui jusque là avait été très silencieux, prit la parole et commença à expliquer à ses élèves le pourquoi de cette journée et ce que signifiait le sigle « MST ». Le brigadier et sa stagiaire complétèrent au fur et à mesure les informations données par le professeur. Finalement, à eux trois, ils s'en sortaient plutôt bien, et même les lycéens, bien trop contents de ne pas avoir à se pencher sur les suites croissantes non majorées tendant vers l'infini, participaient activement. [NDLA: On est dans Plus Belle la Life, on a le droit de rêver].
Samia n'en revenait pas de ce à quoi elle assistait. Boher, après quelques tremblements dans la voix, avait finalement réussi à parler avec aisance et spontanéité. Il s'était montré très intéressé par le sujet et les interventions des élèves. Elle aurait presque cru déceler un petit sourire sur son visage, bref, elle ne savait pas bien pourquoi, mais elle se sentait heureuse de voir que cela se passait aussi bien. Enfin du moins c'est ce qu'elle pensa jusqu'à ce que le prof de maths ouvre à nouveau la bouche et s'adresse aux deux policiers :
- Je pense que maintenant vous pouvez nous faire la démonstration sur la bonne utilisation du préservatif.
Chapitre 5
Boher et Samia se regardèrent. Ils pouvaient chacun lire dans les yeux de l'autre quelque chose qui ressemblait à de la panique. Samia était devenue très blanche et Boher aurait pu jurer qu'elle aurait préféré passer la fin de sa carrière aux archives plutôt que de toucher à un préservatif. Mécaniquement, le brigadier s'empara d'un des petits carrés en plastique et d'une voix très saccadée commença son explication.
- Vérifiez que l'emballage est intact et que la date limite d'utilisation n'est pas dépassée. Ouvrez l'emballage avec précaution pour ne pas abîmer le préservatif : avec les doigts...
Le jeune homme devint alors tout rouge. Il sentait des gouttes de sueur perler sur son front et dans son dos. Avec hésitation, il acheva sa phrase :
- ...pas avec les dents.
A ces mots, Samia ne put s'empêcher de rougir à son tour. C'est amusant de voir comme l'esprit se permet d'imager sans qu'on puisse le contrôler certaines phrases. Voila qu'elle imaginait avec une facilité déconcertante son brigadier en train de déchirer sauvagement avec les dents un emballage de préservatif.
- Vous devez veiller à ne pas endommager le préservatif avec vos ongles, vos bagues, ou tout autre objet coupant.
Oh oui, elle saurait faire attention à ses ongles quand ils glisseraient sur sa peau à lui...
- Ne mettez le préservatif que quand le pénis est en érection. Vérifiez que la partie à dérouler se trouve à l'extérieur.
La respiration du brigadier était saccadée. Il était passé du rouge, au blanc, puis au vert, et à nouveau au rouge. Le prof de maths se demandait s'il n'était pas temps d'appeler un médecin, tandis que Samia avait tellement d'images en tête que même Rocco en aurait rougit. Avec beaucoup de courage, Boher continua :
- Pincez l'extrémité du préservatif afin d'en chasser l'air. Placez-le au bout de votre sexe et déroulez le jusqu'à la base du pénis en érection tout en maintenant le réservoir.
Le jeune homme avait eu énormément de mal à prononcer ces derniers mots. Il avait l'impression de porter un énorme poids sur ses épaules, et se sentant totalement décontenancé, il fit ce qu'il savait le mieux faire, beugler sur sa stagiaire :
- Nassri, au lieu de rêvasser, vous feriez bien de distribuer ce que le capitaine nous a donné. Vous êtes pas payé à rien faire !
Puis, il sortit précipitamment de la classe, balançant un au revoir glacial.
Chapitre 6
Un quart d'heure plus tard, Samia vint rejoindre Boher qui était appuyé contre les grilles du lycée, tirant sur son cigarillo comme si sa vie en dépendait. Il était blême et paraissait très en colère, mais ne savait pas vraiment contre qui ni contre quoi. Il se répétait inlassablement que Castelli était un bel enfoiré et que plus jamais il n'oserait traîner dans ce quartier de malheur, si bien qu'il ne remarqua pas que sa stagiaire avait toujours un sac à la main et un sourire énigmatique scotché sur son visage de petite poupée trop prude. Il ne fut même pas surpris quand celle-ci lui murmura :
- Allez venez, je vous invite à boire un café chez moi.
Incapable de penser à autre chose qu'aux gestes qu'il avait du accomplir devant une trentaine d'adolescents explosés de rire à chaque mot prononcé par le brigadier, il se laissa conduire sans réfléchir. Ce n'est qu'une fois assis sur un canapé dans un appartement qu'il ne connaissait que trop bien, témoin de leur dernière enquête foireuse (enfoiré de Castelli), qu'il remarqua que Samia le dévisageait avec un regard et un sourire assez mystérieux.
- Qu'est-ce qu'il y a Nassri ? Vous avez envie de vous foutre de moi ? Allez-y, vous gênez pas ! Mais comptez pas sur moi pour repartir en mission avec vous, vous portez la poisse !
Samia ne releva même ce que venait de dire son supérieur. Elle était bien trop amusée par l'idée que cet homme ne semblait absolument pas effrayé à l'idée d'affronter toutes sortes de tarés sociaux, plus dangereux les uns que les autres, mais qu'il était bien incapable de garder son calme et sa flegme habituels devant une bande d'adolescents moqueurs.
- Comme par hasard, c'est toujours quand je vais sur le terrain avec vous que ça devient foireux. A croire que Castelli (cet enfoiré) le fait exprès...
La stagiaire ne l'écoutait plus. Des tas d'images pas très catholiques lui revenaient en tête et elle avait soudainement très envie de passer aux choses concrètes. Elle avait eu le temps de se changer et portait des vêtements qui avantageaient ses formes, ce que Boher, tellement occupé à râler après tout ce qu'il pouvait, n'avait toujours pas remarqué. Elle s'approcha tel un guépard près du canapé où était assis le brigadier et murmura doucement :
- Vérifiez que l'emballage est intact et que la date limite d'utilisation n'est pas dépassée.
A ces mots, Boher releva vivement la tête, étant persuadé que la demoiselle se foutait de lui. Mais croisant son regard, puis sa poitrine généreuse (ressaisis-toi mon vieux, ressaisis-toi !) et enfin relevant avec difficulté sa tête pour finalement replonger dans ses yeux, il se rendit compte que sa stagiaire ne blaguait absolument pas et que sur coup-là elle avait même l'air plutôt sérieuse. Le jeune brigadier se sentit soudainement très faible, incapable du moindre mouvement. Il devait avoir les yeux aussi gros que ceux de ces foutus poissons rouges qui prenaient plaisir à les regarder (si, si) et il sentait qu'il ne pourrait plus jamais respirer normalement, surtout si son c½ur continuait à battre à cette allure. La bouche grande ouverte, il était bien incapable de prononcer le moindre mot. Samia continua à s'approcher de lui jusqu'à ce qu'il sente son souffle contre sa bouche.
- Ouvrez l'emballage avec précaution pour ne pas abîmer le préservatif : avec les doigts...
Boher était au bord de l'apoplexie quand Samia vint poser ses lèvres contres les siennes. C'est quand elle fut assise sur ses genoux qu'il réalisa qu'il avait des mains et une bouche et qu'il était grand temps de s'en servir, ce qu'il fit avec empressement.
- Pas avec les dents, brigadier, pas avec les dents.
Cette nuit là, les deux policiers eurent maintes fois l'occasion de tester les différents préservatifs offerts par le commissariat, qui était probablement parrainé par Durex. Boher était désormais d'accord avec la jeune femme, il n'y avait rien de mieux que l'action !
FIN